

Des Canadiens travaillent dans le domaine du hockey partout dans le monde, partageant leur passion et leur expertise avec des organisations professionnelles et amateurs de tous les continents. C’est le cas avec des puissances du monde du hockey, ainsi que dans les endroits où le hockey fait rarement partie des priorités, sauf de celles d’un petit groupe d’athlètes dévoués, comme en Australie.
Bien que l’Australie soit reconnue comme un pays sportif, l’on retrouve seulement 4 500 joueurs de hockey sur glace sur une population de 22,8 millions de personnes. La Fédération de hockey sur glace de l’Australie s’est donc tournée vers l’entraîneur originaire de la Nouvelle-Écosse, et l’actuel étudiant à la maitrise en administration des affaires à l’Université d’Ottawa, Pier Martin, pour prendre les commandes de son équipe nationale U18 en 2008.
Âgé maintenant de 26 ans et entraîneur adjoint de l’équipe masculine de hockey des Gee-Gees de l’Université d’Ottawa, Martin vivait en Australie depuis 2003, après que son père ait pris sa retraite de l’Aviation royale canadienne et se soit engagé dans l’Aviation royale australienne. « Il ne voulait pas devenir enseignant, il voulait continuer de voler », mentionne Martin pour expliquer la décision de son père. La famille avait également vécu de l’autre côté du globe durant les années 90, dans le cadre d’un programme d’échange de pilotes entre les deux forces. Ainsi, lorsque la situation s’est reproduite en 2003 et que Martin s’est retrouvé à Adélaïde, il se sentait à la maison. Il a alors commencé à jouer au hockey et à entraîner dans des ligues locales.
Il s’est rapidement fait connaitre comme entraîneur lorsqu’il a guidé l’équipe du sud de l’Australie U15 à trois championnats nationaux. « J’étais entraîneur dans les ligues locales et ils avaient besoin de quelqu’un pour entraîner l’équipe de la région. Je crois qu’il y avait un autre gars et ils ont mis nos noms dans un chapeau », a-t-il dit en riant, se souvenant de la manière dont il a été repéré par l’équipe nationale. Il a ensuite participé à des formations pour entraîneurs de niveau national et on lui a demandé de joindre le programme national junior comme entraîneur adjoint en 2007. Il est également devenu Directeur du développement des joueurs de l’équipe nationale pour Hockey sur glace Australie.
Cette année, il a mené son équipe de vingt joueurs au Championnat du monde U18 de l’IIHF dans le groupe B, de la division 2. Le tournoi, qui avait lieu à Novi Sad, en Serbie, à la fin du mois de mars, mettait aux prises des équipes de l’Australie, de la Chine, de l’Espagne, de l’Estonie, de l’Islande ainsi que l’équipe de la Serbie, dans le but d’obtenir une place dans le groupe A de l’IIHF.
La préparation en vue du tournoi de cette année a donné du fil à retordre à Martin. Même s’il suivait le développement de ses joueurs depuis plusieurs années et qu’il avait amené des équipes à quatre autres championnats mondiaux, c’était la première fois qu’il guidait l’équipe sans habiter en Australie. L’entraineur avisé s’est donc tourné vers les médias sociaux pour communiquer avec son équipe, et il avoue qu’ils sont devenus un outil essentiel, notamment en raison de la grandeur géographique de l’Australie, sans mentionner le Canada.
L’équipe devait s’inscrire sur Skype afin de participer à des séances de discussion individuelles régulières avec Martin, ainsi que pour participer à des vidéos de groupe portant sur le conditionnement physique et les tactiques sur glace. Et les joueurs se sont ralliés. « Nous passions à travers le programme et nous montrions comment faire les tests de conditionnement physique de la bonne manière. Ils pouvaient poser des questions et nous étions comme dans une classe, au lieu que je leur envoie simplement un livre à lire. Ils semblaient mieux connaître le programme lors que nous nous sommes rassemblés pour le tournoi que lors des dernières années. »
L’équipe a également créé deux pages Facebook, l’une pour les partisans, afin qu’ils puissent suivre son cheminement, et l’autre pour les joueurs et l’équipe d’entraîneurs, afin de publier les dernières nouvelles de l’entraînement, des vidéos, des photos et des blagues, ce qui a permis de solidifier les liens entre les joueurs. « J’ai trouvé ça efficace. J’ai pu voir tout le monde mettre son grain de sel pour créer un esprit d’équipe, alors quand nous sommes partis [pour le tournoi], les bases étaient déjà en place. »
« Je sais que c’était [le tournoi cette année] une expérience incroyable pour lui, et c’est bien qu’il soit allé chercher cette expérience pour la partager avec notre équipe », a souligné l’entraîneur-chef des Gee-Gees Réal Paiement, qui a lui aussi de l'expérience à l’international. Le duo a travaillé en collaboration cette année et a mené les Gee-Gees à la deuxième ronde des séries des SUO. Martin a également utilisé sa connaissance du pouvoir des médias sociaux pour aider le gris et grenat à créer une page Facebook active et engageante pour l’équipe.
Les Aussies ont conservé une fiche de 1-3-1 lors du tournoi, remportant une victoire de 2-0 contre la Chine et s’inclinant 2-1 en prolongation contre l’Espagne. Les quatre points que l’équipe a obtenus en Serbie égalent le plus haut total récolté par les Aussies à un championnat de division 2. L’Australie a été promue dans la division 2 après avoir remporté le Championnat du monde de la division 3 en avril 2011 avec Martin derrière le banc. « Nous avons sauté entre les différentes divisions au cours des dernières années », mentionne Martin, voyant tout de même le développement de son équipe.
« Ce dont je suis le plus fier est que le programme est devenu beaucoup plus professionnel maintenant et l’expérience de jouer pour leur pays mérite ce professionnalisme. Ils restent dans la communauté, font du bénévolat et sont de véritables modèles. Ils doivent toujours payer pour jouer, mais ils le considèrent comme un programme sérieux. » L’un des facteurs qui favorisent ce professionnalisme, selon Martin, est la montée du nombre de joueurs d’élite qui sont nés et qui ont grandi en Australie.
« Le bassin de talent s’agrandit. Nous avions de la difficulté à rassembler assez de jeunes de niveau élite pour créer une équipe et maintenant nous avons assez de profondeur pour analyser le travail de trente joueurs qui se battent pour les vingt postes. »
Même s’il croit que son style d’entraînement transpacifique était efficace, Martin se retire du programme, passant le flambeau à entraîneur adjoint qui vit dans la région. « Le gars avant moi était Canadien et celui d’avant était Tchèque », note Martin au sujet des entraîneurs-chefs U18 précédents. « C’est le temps qu’un Australien reprenne les choses en main. »